voyages
Monday, May 03, 2004
 
Ces quelques pages sont le récit de mon voyage en Bolivie et au Chili effectué en octobre 2001. Notez bien que, même si nous étions quatre gaillards, je dis « mon » car je donne ici la vision de ce voyage tel que je l’ai vécu personnellement (et l’histoire dira que chacun de nous quatre a vécu ce voyage à sa façon). Je ne parle pas non plus de « vacances » car on ne part pas en « vacances » en Bolivie mais bien en « voyage », voire « à l’aventure » lorsque, comme dans notre cas, on subit les aléas de la vie locale…

Avant le plongeon dans l’aventure, je tiens à dire « Muchas Gracias Caballeros » à mes trois compagnons de voyage : sans Jérôme, je ne serais clairement pas parti seul en VTT, sans Franck et Mops, nous aurions été sévèrement em…bêter à plusieurs reprises.
Merci aussi à tous les autres : base arrière, contacts, etc. pour leur soutien et leur encouragements dans cette drôle d’aventure.

Les photos illustrant ce récit sont l’œuvre de Jérôme et moi-même (Franck et Mops n’étant pas sur un vélo) et sont, comme de bien entendu, protégées contre la copie, les doigts gras et la rage (3 injections sur un mois, rappel à 1 an puis tous les 5 ans).
Bonne lecture…

Bon là nous sommes en hiver 1999 et Tophe (pour les intimes, Christophe Proisy pour les autres et cproisy.free.fr pour tout le monde), dans la foulée des nombreuses sorties à la journée que nous faisons à VTT, propose à Jérôme (Duchon) et à moi-même d’aller faire un petit tour dans un pays bien sympathique d’Amérique du Sud (et, qui plus est, possédant de longues pistes idéales pour les VTT) : la Bolivie.

A ce moment là, mes seules connaissances de la Bolivie se cantonnent à une jolie tache verte entre quatre autres taches colorées sur mon planisphère et une vague idée comme quoi le Pérou ne doit pas être loin (et qui dit Pérou, dit lac Titicaca, Machu Pichu, flûte de pan, musique d’ascenseur… pardon je m’égare).

Bon, passons rapidement sur les dix-huit mois suivants pendant lesquels Tophe est confronté à de sérieux soucis de disponibilité, et nous nous retrouvons en avril 2001, soit six mois avant la date de départ prévu, avec la situation suivante :

Tophe étant « bloqué », nous décidons Jérôme et moi de faire, tous les deux, le raid VTT en Bolivie ;
Après discussions aux alentours, nous trouvons deux compagnons de voyage : Franck (Venin) et Mops (Renaud de Maupeou). Jérôme et moi connaissons déjà bien Franck pour l’avoir accompagné une semaine lors de sa traversée des Pyrénées : l’Aventure (notez la majuscule !), il connaît. Pour Mops, pas de soucis puisqu’il nous est recommandé par Franck.
Nous pourron dormir à l'hotel ensemble. Et autant dire que les hotel ici ne sont pas cher.

Coté voyage, c’est encore assez flou pour le parcours que nous allons emprunter. Par contre, nous comptons partir au moins un mois pour nous autoriser une semaine d’acclimatation à l’altitude dès l’arrivée : et oui, la Bolivie (du moins la zone que nous comptons visiter) est haute : 4000m minimum. A ce propos, sur recommandations avisées, nous effectuons, en milieu hospitalier, un test à l’hypoxie : voyons voir ce que cela donne de monter et redescendre à vélo un col à 5000m, tout cela en moins de 10 minutes ! Ce test, d’une demi-journée permet d’appréhender, en milieu hospitalier, les premiers effets de l’altitude et du manque d’oxygène : une très bonne chose qui permet à chacun de se rassurer sur ce que sera notre acclimatation à l’altitude (NB : en fait, le mal des montagnes ne se déclenchant qu’au bout de 3 à 4 heures, ce test nous permet juste de savoir qu’en arrivant à La Paz nous ne serons pas victimes d’un œdème pulmonaire ou cérébral !)
Vous n’auriez pas un vélo ?
Fin septembre 2001, le départ approche : nous sommes donc quatre à partir en Bolivie: deux (Jérôme et moi) pour faire du VTT, deux autres (Franck et Mops) pour faire du trek en 4x4. Les billets sont achetés depuis trois mois : avec eux, les dates sont fixés : nous arrivons en Bolivie le 1° octobre pour en repartir le 30 : plus de 4 semaines donc, le temps de nous acclimater (une semaine), de faire notre raid VTT (deux semaines) et de faire un virée (une semaine) en 4x4 dans le sud Lipez, trop « inaccessible » en VTT.

Nous écartons de notre itinéraire toute la zone « basse » de la Bolivie : nous sommes plus attirés par les hauts sommets que par la forêt amazonienne (celle-ci sera peut-être l’objet d’un autre voyage !)

Pour le parcours en VTT, nous avons finalement décidé de nous baser sur un parcours de trois semaines effectué en 1998 par Emmanuel Bouchon et Martine Brasset : nous supprimons 2 jours au début (au départ de La Paz) et 4 jours en fin de parcours (trajet Uyuni-Potosi) pour tout faire rentrer dans les deux semaines allouées. A l’aide du récit de voyage et d’une carte du pays trouvée en France (échelle : 1cm pour 17.5 km !), nous parvenons à décrire complètement notre parcours à VTT. Celui-ci comporte 13 étapes, établies comme suit :

tout d’abord, trois étapes d’asphalte : deux entièrement plates, d’une cinquantaine de kilomètres chacune, pour « roder » le matériel et le cycliste (mal des montagnes). La troisième étape est plus courte (25 km) mais présente une légère difficulté : un col à 4667m ! Une broutille quoi…
puis, cinq étapes de piste au Chili : entre plaine et salar, au milieu de nulle part. Sur ces cinq étapes (entre 3600m et 4500m), nous prévoyons une journée de repos (et contrôle technique) ;
finalement cinq autres étapes, de nouveau en Bolivie, avec retour sur le plat absolu puisque nous longeons le salar de Coipasa et traversons le salar d’Uyuni (les salars sont des surfaces de sel complètement planes correspondant à d’anciennes mers intérieures asséchées). Nous terminons donc notre trek VTT à Uyuni après la traversée de son salar (plus grande surface plane terrestre : 10 000km² de sel… seconde broutille)
Bon, coté matériel, tout est quasiment près, à un détail près : il me faut un vélo ! En effet, pour un tel trek, il faut du matériel robuste et facilement réparable. Hors nos montures habituelles sont bien trop sophistiquées : freins à disque ou hydrauliques et suspensions oléopneumatiques sont irréparables en plein désert. Pour Jérôme, son ancien vélo (un Sunn tout rigide) fera parfaitement l’affaire ; en plus celui-ci a déjà été éprouvé lors de notre raid Cévenol effectué en mai 2000.

De mon coté… pas d’ancien VTT sous la dent. Je regarde à droite et à gauche pour voir ce qui se fait en VTT non suspendu : uniquement de l’entrée de gamme ; je doute que le dérailleur en plastique tienne le coup sur les pistes boliviennes… Bon, légère tension car nous sommes à … J-5 et toujours pas de vélo !

Le lendemain, fouinant dans un magasin de sport, miracle ! Je trouve LE vélo qu’il me faut: un Sunn Maxe 96 tout rigide dans un état remarquable (son propriétaire est un technicien du cycle !) : j’achète de suite… C’est un peu cher (3000 FF) mais j’ai complètement confiance dans ce matériel (mon VTT habituel étant déjà un Sunn) et, qui plus est, la bête est extrêmement légère : pas mécontent de gagner un peu de poids sur l’ensemble (avec ses 25kg chargée, la remorque pèse lourd sur la balance… et dans les montées !).

En route pour l’aventure
Nous voici donc le dimanche 30 septembre 2001, aéroport de Toulouse-Blagnac, il est 13h et nous nous apprêtons à partir pour notre grande aventure : billet en main, passeport en poche, VTT et remorques emballés, sac à dos bien remplis, tout est prêt, l’avion peut décoller direction… Paris. Là, Mops nous rejoint pour notre seconde (et plus longue) étape : direction Sao Paolo (une bonne dizaine d’heures d’avion). Après une petite d’attente en zone de transit, nous re-décollons pour … Santa Cruz : la deuxième ville de Bolivie est une étape quasi obligée pour les vols internationaux. En effet, nous changeons de pilotes : n’atterrit pas qui veut à la Paz. Du fait de l’altitude (un des plus hauts aéroports civils du monde), les avions atterrissent deux fois plus vite que partout ailleurs (sinon… l’avion tombe). Atterrissage un peu rude, suivi d’une sortie d’avion un peu difficile (ça y est, nous sommes à plus de 4000m) : remplir la fiche de douane s’avère un exercice délicat : comment m’appelle-je déjà ?

Premières impressions sur La Paz : c’est une ville gigantesque qui regroupe un quart de la population bolivienne (soit 2 millions d’habitants) et qui ne ressemble à aucune autre ville au monde. Pour preuve, c’est la seule grande ville où les riches vivent plus bas (3200m) que les pauvres (4100m), tout simplement car l’air y est plus riche en oxygène et le climat plus clément !

Au cours de notre première semaine d’acclimatation, nous aurons le temps de découvrir quelques quartiers (et charmes) de cette mégapole. Autant dire que pour une découverte complète de celle-ci, plusieurs semaines seraient nécessaires. Outre l’acclimatation (qui se fait sans douleur) et les ballades dans La Paz, nous mettons à contribution cette première semaine pour :

rencontrer notre contact local (Fernando) : celui-ci s’avèrera indispensable, en tant que base arrière, pendant toute la durée du voyage ;
faire la connaissance d’Hugo, gentil organisateur de treks en tout genre mais malheureusement très pris par ces activités professionnelles !
préparer le trek en 4x4 de la dernière semaine (Terra Andina) ;
faire l’ascension de notre premier 4000m, avec un camp de base à 3850m : la capitainerie du port de Copacabana sur les rives du lac Titicaca !
trouver des cartes détaillées pour notre parcours VTT (merci encore Fernando)
finalement, faire le plein de nourriture (et de gaz) pour nos 13 étapes en VTT.
A la veille de notre départ (soit le samedi soir), notre planning est complètement établi. Seul petite ombre au tableau : suite à un léger couac avec Hugo, nous n’avons pas les cartes en notre possession et nous nous retrouvons dans l’obligation d’emporter la nourriture pour les deux premières parties du raid (soit 8 jours). Mais, que cela ne tienne, nous sommes prêts (Jérôme est complètement remis de sa petite sinusite) et les billets de bus sont en poche: demain matin, lever 5h pour partir de l'hotel!

Dimanche 7 Octobre : le lever est un peu difficile (… et matinal) mais le grand moment est enfin arrivé : nous embarquons dans le bus pour le Chili, destination… nulle part. En effet, après un peu moins de deux heures de route, celui-ci nous dépose à une centaine de kilomètres de La Paz au milieu de … rien, à cinq kilomètres du premier village (visible au loin) : Puente Japones. Nous sommes en plein Altiplano bolivien : des montagnes à l’horizon, une plaine quasi parfaite et une longue langue de bitume qui se déroule du nord-est vers le sud-ouest : petit stress de se retrouver là, mais le décor est absolument grandiose et… nous sommes deux et nous cherchons un hotel.

Bon, vérification et montage des attelages, photo souvenir, démarrage des moteurs : tout est prêt nous pouvons commencer à pédaler.

Tout de suite les premières impressions : découverte, pour ma part, du vélo (et oui, à part 2 petits kms effectué le matin du départ pour une dernière vérification, je découvre là ma nouvelle monture) et de la route : le bitume se révèle complètement lisse (un billard !) et une indication peinte sur la chaussée nous indique que nous ne sommes plus qu’à 131.5 km de la frontière. Les premiers kilomètres sont avalés à un rythme assez lent, du moins pour ma part : sûrement une légère appréhension encore sur le matériel, et surtout une envie énorme d’apprécier le cadre : le soleil donne déjà à plein et le paysage est tout simplement… immense. Très vite je retrouve cette constante du continent américain : ici l’échelle n’est pas la même qu’en Europe !

Dès le midi nous vérifions ce précepte : les lignes droites sont vraiment très longues, et les virages servent de repère temporel : déjeuner au prochain virage à droite… dans 6 km (soit environ une demi-heure) !

Mais avant notre première pause, surgit déjà, tout à l’horizon, notre point de repère pour ces trois premiers jours : sa Majesté le Sajama !

Point culminant (6500m) de la Bolivie, ce volcan éteint s’impose de lui-même : visible à plus de 150 km à la ronde, il reflète complètement les paysages boliviens : une grande et haute plaine avec, ça et là d’ancienne gueules de feu devenues aujourd’hui de paisibles montagnes (entre 6000 et 6500 m tout de même) aux formes parfaites. Ces montagnes imposent le respect tant par leur forme, quasi parfaite, que par le temps qu’il a fallu pour que celles-ci, surgies au milieu de nulle part, sortent et créent ces remarquables cônes de feu (bon, là j’arrête, je fais du Hulot !).

Notre premier casse-croûte (pain trouvé en route et jambon de La Paz) se passe donc dans un virage avec sa majesté tout au loin (une petite centaine de kms). Nous avons beau être au bord de la route, avec en moyenne un camion toute les demi-heures, le coin est plutôt calme et nous pourrons tropuver un hotel.

Après une petite sieste nous repartons jusqu’au prochain virage : là, une boutique pour routier : nous prenons une boisson et achetons de l’eau en bouteille. Nous engageons la discussion avec la tenancière du lieu : malgré les apparences, celle-ci est bien plus jeune que nous. Tout au long du voyage, j’aurai le temps de me rendre compte des effets du soleil et de l’air sec : ceux-ci ont une sacré tendance à vouloir accélérer le temps et à rendre les gens plus vieux qu’ils ne le sont réellement !

Au départ de la boutique, nous bifurquons à gauche : un petit aller-retour de 10 km qui va nous permettre d’atteindre le seul téléphone de la région et de donner de nos nouvelles à la base arrière (Fernando). Après 5 km, nous arrivons comme prévu au village de Curahuara de Carangas. Comme dans tous les villages que nous traverserons, nous produisons notre petit effet : les locaux nous découvrent sur nos étranges montures. C’est vrai que, même si le vélo est un mode de déplacement courant en Bolivie, avec nos attelages et nos accoutrements d’occidentaux, nous ne passons pas inaperçus. De toute façon, si nous avons choisi le vélo c’est aussi pour cela : être proche des gens, pouvoir leur parler facilement sans passer pour un « gringo » à bord de son 4x4 des villes ! A ce sujet, une des premières questions systématiquement posées par les locaux est « Cuanto cuesta ? » Combien cela coûte-t-il ? Systématiquement, nous sous-évaluons le prix de notre matériel, non par crainte de nous le faire voler, mais par une sorte de respect pour la population qui, même si elle se trouve la plus accueillante du monde, n’en est pas moins une des plus pauvres d’Amérique du sud : il n’est pas très intelligent de passer pour un gringo avec un vélo équivalent à 5 ans de salaires moyen !

Suite et fin de notre première étape : après une cinquantaine de kilomètres et une dernière côte, la nuit tombant (il n’est que 6 heures du soir mais l’équateur est proche), nous décidons de poser la tente à une trentaine de mètres de la route dans une zone légèrement abritée du vent. Pendant que Jérôme prépare le dîner, je monte rapidement la tente : en même temps que la nuit, le froid tombe rapidement et les degrés chutent !

Couchés vers 7h du soir, nous passons notre première nuit en bivouac sur l’altiplano à plus de 4000m d’altitude. Je vais pouvoir donc tester mon duvet, et je peux l’affirmer sans crainte : la température limite (-8° C) est largement dépassée car je me réveille vers 3h du matin le duvet froid et humide à l’intérieur. Après une excursion de ma main en dehors du sac, je me rends compte que la toile intérieur de la tente est couverte de glace ! En effet, la condensation à l’intérieur de la tente, du fait du froid intense, se transforme en glace qui se colle à la sous-tente. Puis, par la chaleur que nous émettons en respirant, celle-ci se retransforme de nouveau en eau et trempe nos duvets. Entre le froid dans le duvet (les couches de polaires n’y feront rien), le doux bruit des animaux et une envie des plus pressantes (réfrénée par une impression de se voir transformer en bonhomme de neige à la moindre tentative de sortie), il est dit que cette fin de nuit se ferait les yeux grands ouverts à veiller un Jérôme, emmitouflé dans son sarcophage, et dormant du plus profond des sommeils, nous regretons de ne pas avoir trouver un hotel.

Lundi 8 Octobre : le soleil se lève… enfin. Pétri de froid, je m’extirpe de la tente et pendant que Jérôme vaque aux diverses occupations matinales, je vérifie, premièrement que le Sajama est toujours là: pas de doute, il n’a pas bougé ; deuxièmement que mes doigts (de mains et de pieds) sont toujours en vie : bon, là va falloir un peu de temps car la nuit a été rude et mes chers petits doigts ont du mal à se réveiller ce matin !

Le petit déjeuner, copieux (chocolat, muesli, café) et le soleil, toujours là, me réchauffe les extrémités et le cœur et, deux heures après le lever, c’est avec entrain que nous partons pour notre deuxième étape : encore une bonne cinquantaine de kilomètres pour se rapprocher du Sajama.

C’est à travers un paysage un peu vallonné, et toujours des lignes droites à n’en plus finir, que nous pédalons toute cette journée. Nous nous arrêtons le midi pour manger dans une petite boutique au bord de la route. Comme toujours, la cuisine est simple mais consistante : œufs au plat, riz et sauce piquante : tout ce qu’il faut pour des cyclistes !

Sur le bord de la route, des lamas nous observent passer : lorsque ceux-ci ne sont pas trop craintifs, nous nous arrêtons pour les prendre en photo (photo). Autant ils n’ont pas peur des camions qui passent à fond de train sur la route, autant ces deux « gringos » sur leur drôle de monture semble les intriguer.


Le Sajama se rapproche ! Arrêt photo obligatoire pour immortaliser le toit de la Bolivie. A ce propos, il ne faut surtout pas croire que nous passions toute la journée clouée sur nos selles : les arrêts et pauses sont fréquents : ravitaillement, crème, photo, dons à la nature, etc. Autant de raisons pour soulager quelques instants nos montures (et nos précieuses parties !).


Au soir de cette seconde étape, nous avons complètement contourné le Sajama et couchons chez l’habitant dans le ravissant petit village de Lagunas (où les écoliers nous font un chaleureux accueil). Nous profitons de l’Alojamiento, pour goûter une fois de plus à la cuisine local : le lama séché s’avère un peu… sec mais tout à fait excellent. Nous allons dans notre hotel.

Mardi 9 Octobre : départ, toujours entouré d’enfants, pour notre dernière étape de bitume : la plus courte mais sûrement la plus dure : il nous faut d’abord monter à Tambo Quemado (encore une ligne droite de 7km), puis nous attendent ensuite 10km de route en lacets pour finalement atteindre le col frontière entre la Bolivie et le Chili à 4667m d’altitude.


Après une dernière photo du Sajama et de ses fabuleux alentours, nous voici parti pour Tambo Quemado. Là, dernier village avant notre entrée au Chili, nous en profitons pour donner de nos nouvelles et faire un peu de ravitaillement. Puis, sous les regards étonnés et surpris des routiers, nous partons pour l’ascension du col : celle-ci est longue, mais contre toute attente s’effectue sans difficulté physique. En fait, globalement sur toute la durée du trek à vélo, nous n’avons jamais souffert physiquement : l’altitude vous empêche d’utiliser 100% de votre force physique et comme nous savions que le chemin était encore long, nous ne nous sommes jamais retrouver dans le rouge. Nous effectuons donc la montée du col à un rythme de sénateur, et lorsque nous arrivons au col, c’est avec une certaine fierté que nous nous prenons en photo : notre première victoire ! Jamais, ni Jérôme ni moi, ne sommes allés aussi haut, encore moins en vélo !


Descente vers le Chili : avant de passer le poste frontière nous découvrons sur la gauche la piste de nos cinq prochains jours. Il nous faut profiter des derniers kilomètres de bitume avant les joies de la terre. Après une longue attente au poste frontière, nous décidons, plutôt que de partir directement sur la piste, de continuer un peu la route pour passer la nuit au refuge du lac de Chungara : bien nous en à pris !

En effet, quelle n’est pas notre surprise lorsqu’à quelques encablures du refuge, sur la route maintenant déserte en cette fin d’après-midi, nous rencontrons deux randonneurs, chargés de leur sac à dos : Franck et Mops ! Ceux-ci, partis en bus le matin même, sont venus à notre rencontre pour passer la soirée en refuge avec nous. C’est donc avec joie que nous passons la soirée ensemble, dans ce qui est peut-être un des plus beau endroit du monde : le lac Chungara, avec derrière lui le volcan Parinacota et, dans le fond mais bien visible, toujours sa majesté le Sajama.


Notre hôte, Humberto, gardien de nombreux refuges de la région, nous décrit en détail le site et, après lui avoir énoncé notre parcours, nous dessine une carte pour nos étapes chiliennes. Il va sans dire que, même sommaire, cette carte, de toutes celles que nous possédions (et finalement apportées par nos compatriotes), s’est révélée être la plus exacte (bon, ok, il n’y a pas les points GPS…).

A cette altitude et sous ce magnifique ciel étoilé, la nuit s’annonce très froide. Mais c’est sous en toit en dur et lové dans mon duvet que je m’endors, très sereinement, pour une bonne nuit de repos.

Mercredi 10 Octobre : nous sommes maintenant au Chili pour nos cinq étapes de pistes. Après la bonne nuit et le magnifique lever de soleil sur le lac Chungara, nos deux compères nous quittent par le bus matinal : retour à La Paz pour eux et prochaine rencontre prévu le dimanche soir à Pisiga, coté bolivien de la frontière.

Ravalant les derniers kilomètres de bitume, nous repassons le poste frontalier chilien pour prendre la piste toute proche. Par précaution, nous prévenons la police chilienne de notre escapade sur ces chemins : en cas de problème, elle est notre ultime recours.

Premiers kilomètres de piste, dans la plaine pour l’instant : tout se passe bien. Nous craignions, suite au récit de voyage, d’avoir affaire à de la tôle ondulée : finalement la piste se révèle en très bon état. Seules quelques zones sablonneuses sont le théâtre de brusques ralentissements (causant parfois une subite éjection du cycliste de sa monture !).

Globalement, sur la totalité des étapes de pistes, mis à part une demi-journée, nous ne souffrirons jamais de l’état des pistes (nous offrant même des records de vitesse lors de la dernière étape : plus de 30 km/h !).

Si les pistes sont encore moins passagères que les routes (deux voitures dans la journée !), la plaine chilienne est pourtant largement peuplée de lamas sauvages : vigognes et guanacos sont tout autour de nous à nous observer. Leur présence donne à ce décor, déjà immense, une dimension vivante et sauvage : que la nature est belle !

Nous passons notre premier col sur piste pour redescendre (photo) sur notre arrêt pique-nique de la journée : un bain chaud ! En effet, tout près de la piste, surgissant de nulle part, une source volcanique déverse à volonté son eau brûlante dans ce magnifique cadre. C’est donc avec grand plaisir que nous prenons, sous un ardent soleil, ce bain à plus de 40°C !

Nous repartons sur la piste pour rejoindre notre village étape : Guallatiri. Situé au pied du volcan du même nom (volcan éteint qui n’émet qu’un panache de souffre), ce village, comme beaucoup d’autres que nous traverserons, paraît bien mort : mise à part le poste de police, situé là à cause de la proximité de la frontière, ce village d’au moins une cinquantaine de maisons, ne compte plus qu’une famille. Celle-ci, gérante d’une petite boutique, accepte de nous fournir un toit pour la nuit : il s’agit d’une pièce servant à la fois de chambre et de cuisine. Jérôme se sent inspiré pour nous préparer un succulent repas (photo) !

Nous passons donc la nuit sous un toit dur : le vent souffle et, même si le lit n’est pas des plus confortables, il est bon d’être à l’abri !

Jeudi 11 Octobre : alors que nous avions initialement prévu de passer une journée de repos dans le village de Guallatiri, notre bonne forme et la clémence du temps nous pousse à continuer notre chemin. Il faut dire aussi que rien (mais vraiment rien) ne nous retient dans le village. Nous repartons donc de bon matin, accompagné d’un ami à quatre pattes (qui nous accompagne sur quelques kilomètres), pour reprendre le chemin de la piste, direction : salar de Surire. Ce jour-ci nous croisons énormément de camions sur la piste (et dans les deux sens) : comme nous le verrons à notre arrivée sur le salar, celui-ci est largement exploitée pour son sel.

Avançant à bon rythme et malgré, premier petit incident mécanique, une crevaison lente sur le pneu arrière de Jérôme, nous décidons de ne pas faire de pause pique-nique mais de rallier directement le terminus de l’étape : le refuge du salar (indiqué par Humberto !).

C’est au sommet d’une bonne montée que se fait donc notre première rencontre avec ces étendues blanches : les salars. Le spectacle est magique et le mélange des couleurs total : bleu du ciel, beige des montagnes et blanc du salar.

Heureux, et fatigués, nous arrivons au refuge pour prendre finalement notre repas de … 15h. C’est repus et douchés que nous assistons à un magnifique couché de soleil sur ce site grandiose. Impressions partagés avec les occupants du refuge : deux astronomes anglais vivant au Chili et un groupe de touristes français (effet Hulot !).

Vendredi 12 Octobre : le beau temps est toujours là (malgré les nuages de la veille). Après une rapide réparation de la crevaison lente, nous repartons pour terminer le contournement du salar (celui-ci étant rempli d’eau à un certain nombre d’endroits, sa traversée est assez déconseillée).

Avant de quitter celui-ci, nous faisons une halte aux bains chauds : spectacle magique et jeu des couleurs. Cette fois-ci nous ne nous baignons pas car la haute teneur en souffre de l’eau impose une douche rapidement après le bain et, pour nous, nous ne sommes qu’au début de notre étape.

Quittant la zone du salar, après une rude montée, nous nous retrouvons dans une sorte de no-man’s land entre Bolivie et Chili : fruit de l’amour entre ces deux pays, les mines sont ici semées dans de petits champs heureusement parfaitement clos !

Le pique-nique s’effectue en bordure de deux petits lacs, havres de paix pour de multiples oiseaux. Celui-ci est l’occasion pour Jérôme de redresser son dérailleur arrière : une ornière difficilement négociée lui à valu sa première chute et ses premières égratignures. Seul « incident » de parcours, du moins pour Jérôme, celle-ci n’aura aucune conséquence par la suite.

L’après-midi nous repartons sur la piste : celle-ci est cette fois-ci bien ondulée et, même si nous sommes bien habitués à nos selles, les moments de « détente » sont bienvenus ! Alors que nous quittons la plaine (et sa délicate piste), nous changeons complètement de décor : sorte de petit canyon où les lamas broutent en paix sur une herbe haute entre de multiples ruisseaux. A coté de la sécheresse et des pales couleurs des plaines précédentes, l’endroit joue de couleurs éclatantes sous un soleil bientôt près à se coucher.

Continuant la piste, et dans l’incapacité de trouver le village étape (Virgen) nous décidons de nous arrêter dans un mini-village situé en bordure de chemin. Ne rencontrant personne, nous cherchons une maison pour nous abriter : une sorte d’atelier fait parfaitement l’affaire, d’autant plus que nous y trouvons un matelas de premier choix : des peaux de lamas (photo) !

Après nous être repus de notre dîner, nous nous apprêtons à nous endormir lorsque le propriétaire des lieux, de passage en voiture et ayant remarqué nos vélos, fait son apparition dans notre abri de fortune. Après une courte explication de notre périple, nous profitons de nouveau de la sympathie bolivienne et pouvons nous endormir tranquillement sur nos deux oreilles (de lama !).

Samedi 13 Octobre : départ pour Pisiga où nous devons retrouver la Bolivie. Avant cela, nous descendons, toujours à travers ces petits canyons, le long de rivières ou paissent tranquillement des troupeaux de lamas. Moins farouches qu’à l’accoutumé, ceux la se laissent approchés et photographiés (photo).

Pour le pique-nique du midi, nous nous arrêtons aux bains de Enquelca, juste après le village du même nom. C’est l’occasion de faire un brin de toilette et un peu de lessive.

L’après-midi nous repartons et rapidement, au détour d’un chemin, sommes en vue des paysages des jours à venir : plaines et salar de Coipasa (photo) !

Au premier village de Pisiga, coté Chilien, nous engloutissons deux « Lama-Burger » : la viande nous manque ! Après les formalités douanière coté chilien, nous rejoignons le second village de Pisiga, cette fois-ci du coté bolivien.

Là, surprise, nous apprenons que nous avons quittés illégalement la Bolivie à Tambo Quemado. En effet, européens que nous sommes, et n’ayant vu personne à la frontière, nous avons quittés la Bolivie sans passer la douane. Conclusion : nous devons payer une amende de 21$ chacun ! Que dire… D’un coté vous avez envie de lui répondre franchement ce que vous en pensez (surtout quand vous voyez la facilité de passer illégalement la frontière), de l’autre vous vous dites que vous avez affaire à des militaires… donc nous payons.

Une fois la frontière passée, nous nous arrêtons au Residencial San Luis : l’hôtel a tout du confort à l’occidental. Seule particularité bolivienne : la hauteur des portes ! Mon crâne en a gardé une trace quelques jours…

Dimanche 14 Octobre : journée de repos à Pisiga, où nous mettons la matinée à contribution pour nettoyer et régler les vélos et faire quelques courses. Mise à part la crevaison lente de Jérôme, nous n’avons eu aucun pépin sur le matériel : miracle ! L’après-midi nous nous reposons en attendant nos deux compères qui doivent arriver en début de soirée à l'hotel. Nous avons trouver dailleurs un bon hotel.

Vers 17h, alors que Jérôme et moi somnolons devant la télévision, surprise à la porte : nos amis sont là, accompagnés de leur guide local Herman. Partis la veille au matin de La Paz en 4x4, ils ont roulés jusqu’à la frontière (Tambo Quemado) puis ont suivi la piste longeant la frontière, mais, en ce qui les concerne, en restant du coté Bolivien.

Outre le plaisir des retrouvailles (cela ne fait que cinq jours, mais en vélo, chaque journée est tellement riche de sensations qu’elle semble en durer plusieurs !), Franck et Mops nous amènent notre ravitaillement pour les cinq prochains jours. Comme il s’agit aussi (déjà !) des cinq derniers, Jérôme et moi ne prenons que le strict nécessaire : les sacs paraissent enfin plus légers !

Nous profitons du 4x4 et de notre guide/chauffeur expérimenté pour reconnaître le début du parcours à venir et en particulier l’approche du salar de Coipasa. En effet, les salars étant généralement gorgées d’eau, leurs abords sont souvent marécageux et, bien qu’ayant acheté des bottes à La Paz en prévision, nous voulons être sur que le salar est accessible. Après quelques kilomètres et interrogation de la population locale, pas de soucis : la piste que nous désirons prendre, et qui borde le salar, est tout à fait praticable. A nous le salar ! Nous partond de l'hotel.

Lundi 15 Octobre : En pleine forme après notre journée de repos, nous quittons Pisiga au matin sous l’œil de la population locale (toujours très curieuse de notre attelage) et de nos deux compères, accompagnés de leur guide. Ces trois derniers, partant quelques instants après nous, nous doublent rapidement et s’en vont pour une journée de 4x4 afin de rejoindre la capitale (vers d’autres aventures…).

Pour Jérôme et moi, nous bifurquons rapidement vers la droite : la piste de la journée longe, par le sud-est (ou la droite, au choix) le salar de Coipasa. Alors qu’au début la piste, totalement plate, est, comme à l’accoutumé, un mélange de terre et de sable, bientôt celle-ci se blanchit de sel pour se fondre, petit à petit, au décor environnant.

Au bout d’une dizaine de kilomètres, la piste n’est plus que de sel : ça y est, nous sommes sur le salar !

Nos bottes, que nous trimbalons en partie depuis La Paz, nous servent enfin à la traversée d’un petit courant d’eau. En effet, même si ce dernier est peu profond, le mélange du sel, de l’eau et du sous-sol sablonneux rend le milieu « vaseux » et, munis de nos simples chaussures de cyclistes, nous aurions vite eu les pieds humides.

Les kilomètres parcourus par la suite, en bordure du salar, sont magiques : alors qu’il est vrai que les 4x4, du fait de leur masse, risquent de s’enfoncer dans cette bordure de sel, en VTT c’est un régal absolu de rouler sur ce sol dur et lisse comme un billard par endroits, cristallin et craquant sous les gommes à d’autres lieux. L’eau, qui remplit une très grande partie du salar, « double » la magie du spectacle. En effet, situé quasiment en son centre, le volcan de Coipasa se reflète dans cette immense miroir moucheté ça et là par quelques oiseaux venus s’abreuver.

Après avoir pique-niquer en bord du salar, nous continuons à longer la bête (oui, pour info, le salar de Coipasa est tout de même assez imposant : près de 5000 km²) pour finalement quitter ses berges, à regret, en milieu d’après-midi. Nous retrouvons de nouveau la piste (sablonneuse) et arrivons à la ferme où nous avions prévu de nous arrêter. Comme il est encore relativement tôt et que l’accueil est un peu « space » (les plans de Coca ne sont pas loin !), nous décidons de continuer à rouler pour nous avancer de l’étape du lendemain. En plus, comme il s’agit de piste et que nous nous trouvons plus au sud qu’auparavant, nous craignons que celle-ci se révèle sablonneuse.

Finalement, après une petite dizaine de kilomètre, nous nous arrêtons derrière un petit mont rocheux, histoire de s’abriter du vent, et montons le bivouac.

Comme à l’habitude, en zone non « rurale », le coucher de soleil puis le ciel de nuit sont, tous deux, magnifiques : le coucher de soleil est une véritable palette de couleurs d’une pureté incroyable, quant au ciel de nuit, il brille de millions d’étoiles et la voix lactée là, bien visible, en son centre.

Mardi 16 Octobre : sortis des sacs de couchage au lever du soleil, nous partons, comme à l’accoutumé en bivouac, moins de deux heures après. Nos craintes de la veille s’estompent : la piste est vraiment bonne et nous pouvons rouler sans problème. Peut-être un effet de l’acclimatation mais nous nous sentons vraiment en forme et nous avançons plus vite que jamais (plus de 30 km/h).

Ayant décidé de nous offrir un bon steak de lama à notre prochaine ville étape, Llica, et, « survolant » la piste, nous sucrons la pause déjeuner.

En arrivant sur la piste menant à Llica se passe alors une scène amusante : n’ayant pas vu un seul véhicule depuis deux jours, nous tombons sur deux boliviens bloqués dans leur voiture au milieu de la piste. Au moment de nous arrêter pour les aider à redémarrer l’engin, arrive un motard suisse allemand ! Tous réunis, nous arrivons à faire repartir les boliviens. C’est alors que nous entamons une petite discussion avec le motard : celui-ci est parti de New-York et veut rejoindre la Terre de Feu, tout cela en deux mois. Un peu égaré (celui-ci ne possède qu’une carte de la totalité de l’Amérique du Sud), nous lui donnons quelques informations de directions. Voulant rejoindre le Chili, il doit d’abord rejoindre lui aussi Llica (pourtant dans la direction opposée) pour y faire le plein d’essence. A chaque moyen de transport sa priorité : l’eau pour les non-motorisés, l’essence pour les motorisés.

Nous continuons la piste et arrivons en début d’après midi à Llica. Situé en bordure du salar d’Uyuni, l’approche du village nous offre une vue sur nos trois prochaines journées de pédalage : le plus grand salar du monde (et conséquemment, la plus grande surface terrestre plane du monde). Pour l’instant, il est encore difficile d’imaginer l’étendue de la chose (au sens propre comme au sens figuré).

Après avoir trouvé un logement pour la nuit, nous partons à la recherche de notre steak de lama : introuvable, nous nous rabattons sur un déjeuner somme toute assez copieux. De retour à notre logement, nous avons l’après-midi devant nous pour nettoyer et vérifier le matériel. Bien nous en a pris d’être en avance sur notre planning car, alors que je commence à nettoyer mon vélo, je m’aperçois que deux rayons de la roue arrière se sont brisés au niveau du moyeu…aïe !!!

N’ayant pas de rayons de rechange, je demande d’abord s’il y a un magasin de réparation de bicyclettes dans le village : peine perdue. Par contre, un habitant dispose d’une sorte de bric-à-brac dans lequel je peux, peut-être, trouver mon bonheur. Malheureusement, il se révèlera que cet habitant est absent jusqu’au dimanche suivant !

Une réparation maison s’impose donc : avec Jérôme, nous bricolons la roue de sorte à avoir les deux rayons de cassés en opposition. En enlevant les freins arrières (pas très nécessaires sur le salar !), nous obtenons une roue voilée mais qui semble tenir à la charge : ouf !!

Le reste de la journée, nous effectuons les achats d’usage (fruit, pain) et « jouons » avec le téléphone local pour prévenir la base arrière.

Mercredi 17 Octobre : après le petit déjeuner copieux pris à la boutique du coin, nous embarquons nos affaires dans les remorques et sonnons le départ. Malheureusement, en vérifiant ma roue arrière, mauvaise nouvelle : un nouveau rayon s’est brisé dans la nuit (sûrement la tension et le froid). Impossible de rouler avec trois rayons en moins : il faut absolument réparer.

Après discussion avec la population locale (jamais avare d’idées !), je trouve un mécanicien et, ô miracle, une boutique vendant des rayons, certes un peu grands, mais qui devraient faire l’affaire. Et, en effet, après un nouveau démontage complet de la roue, le mécanicien arrive à remonter trois rayons (toujours mis en opposition) sur celle-ci. La réparation est de fortune mais semble réellement solide : en retendant maintenant complètement la roue nous arrivons même à la dévoiler un peu !


Vous réparez aussi les cafetières ?

Une fois payé les rayons (hors de prix : un boliviano moins un bonbon rendu en monnaie !!!) et remercié notre mécanicien de bonne fortune, nous sonnons un nouveau départ. Pourvu que cela tienne !

C’est donc avec quasiment une matinée de retard que nous quittons Llica et après une petite dizaine de kilomètres arrivons sur ce qui va devenir notre enfer du sud : le salar d’Uyuni.

A première vue, justement, il n’y a rien à voir, à part ce phénomène unique : les nuages à l’horizon tombant dans le salar. En fait, il y a des paysages à l’autre bout du salar, mais, situées à plus de 150km, forcément on ne les voit pas …

Symboliquement, et comme pour bien appréhender cette étendue infinie, nous déjeunons à la porte du salar : le début de cette piste qui doit nous mener tout au fond là-bas, de l’autre coté.

L’après-midi commence quand nous avalons les premiers hectomètres sur cette piste blanche. Pour l’instant c’est du billard, c’est totalement magique : nous partons pour nulle part !

Rapidement la piste se détériore et ressemble à un mélange entre du pavé et de la voie romaine : en fait (nous l’avons appris plus tard…), cette année le salar a reçu beaucoup d’eau, ce qui a eu pour effet de la mettre en mauvaise « état » : alors que certaines années c’est un véritable billard, en ce mois d’octobre 2001, il est fait de millions (milliards ?) de dalles de selles … non jointives. Ceci rend la circulation, en 4x4, et encore plus en vélo, très difficile dessus. Outre l’état des pistes, ceci a aussi pour effet de modifier le dessin de celles-ci : en effet, nous nous sommes rendus compte assez rapidement que l’unique piste du salar ne prenait pas le cap souhaité : nous montions trop vers le nord, comme si nous longions (à bonne distance) le bord du salar. Notre parcours est alors sérieusement remis en cause. Cependant, au fur et à mesure que nous avançons sur le salar, et que nous prenons conscience de son mauvais état (paix à nos assises !), nous recherchons plus à sortir de celui-ci, plutôt qu’à rester dessus.

Même si nous souffrons alors un peu, il faut tout de même rappeler que l’endroit est vraiment unique et magique par ses dimensions. L’échelle de la chose rend tous les rapports aux distances complètement faussés : vous imaginez la montagne à 20km alors qu’elle se trouve à 60km ! Pour preuve, la scène suivante : au bout d’environ deux heures de pédalage, je distingue une forme noire et assez fine à l’horizon : un piéton…. Un piéton sur le salar… bon, le pire c’est qu’au début je ne me rend pas compte de l’absurdité de l’idée. Non, ce n’est que cinq minutes après, lorsque je vois la forme s’élargir et pour devenir un 4x4 que je me rend compte à quel point ma première « vision » était complètement fausse et… absurde. C’est lorsque cinq minutes encore plus tard vous voyez la voiture à votre hauteur que vous comprenez la chose (et en particulier que vous allez pédalez encore pendant pas mal de temps…).

Au bout d’une soixantaine de kilomètres de salar, la piste ayant pris la direction du volcan de Tunupa, nous doublons (enfin) la pointe du volcan et apercevons, nichés sous celui-ci, les premiers villages : le gîte approche (la nuit aussi d’ailleurs !).

La piste restant toutefois éloigné du bord du salar et le soleil pointant ses derniers rayons, nous décidons de viser directement vers l’église d’un village et de rouler hors de la piste. Le revêtement se révèle aussi dur que sur la piste mais le sel n’étant pas « damé », chaque arête de sel vous fait sursauté de votre monture, avant de se briser sous la gomme.

Encore une fois les distances nous trompent et croyant l’église initialement à six km de distance, une heure après avoir quitté la piste, nous ne l’avons toujours pas atteinte : en fait, elle se situe plutôt à une bonne dizaine de kilomètres !

Ces derniers kilomètres sont difficiles mais le spectacle autour de nous est d’une beauté à couper le souffle : le soleil se couche et toutes les couleurs sont visibles sur cette horizon infini.

Finalement, alors que le noir se fait présent, nous arrivons à proximité du village : nous traversons une zone marécageuse puis, finalement, touchons le sol dur : nous sommes de nouveau sur Terre !

Mis à part deux chiens qui nous repèrent, le village est complètement désert et, une fois de plus, semble laisser à l’abandon. A proximité de la place du village, nous trouvons une ferme et nous installons dans l’étable. Fatigués de notre journée, nous nous couchons directement : nous savons déjà qu’à la vue de l’état du salar, nos plans pour les jours suivants sont modifiés.

S’il est dit que la nuit porte conseil, en ce qui me concerne, cette nuit m’a plutôt porté douleur et mal de dent. En effet, je fus rapidement réveillé par une douleur sous une dent : toute la nuit celle-ci m’élança et la douleur fut tellement forte que, n’y tenant plus, je demandais à Jérôme une pince pour m’ôter moi-même cette dent !

Jeudi 18 Octobre : Au lendemain d’une nuit pendant laquelle je ne dormis point, la douleur était quasiment partie mais le mal était là : un abcès se formait dans ma joue. Prenant un médicament contre la douleur ( « anesthésiant » la bouche), je déjeunais tant bien que mal.

Remontés sur nos attelages, nous parcourons alors quelques kilomètres, toujours au pied du volcan Tunupa pour rejoindre le petit village de Jirira. Celui-ci possède une Estancia, dirigé par Don Lupe, qui sert de point de départ pour de nombreux raids. Là, une fois posées nos affaires nous apprenons que, décidément la fin de notre trek, ne pourrait pas se dérouler comme prévu : le village d’Uyuni, ou nous devions arriver le lendemain soir, est en prise à une révolte de la population locale. En effet celle-ci ne récolte rien des nombreuses d’agences de voyages illégales qui font visiter le salar et ne paient aucun impôt à la ville : révolte légitime donc d’une population qui s’en prend à tout véhicule désireux d’entrer ou de sortir d’Uyuni. La chose est sérieuse puisque, pour preuve, un 4x4, arrivé là à l’Estancia, a du quitter Uyuni cette nuit à 1h tout phare éteint sur plus de 20km et essuyé de nombreux jets de pierres !

Pour l’instant la ville est bloquée au moins jusqu’à samedi matin : il faut donc attendre !

Nos plans sont donc largement compromis : entre le salar impraticable, Uyuni bloqué et mon abcès naissant, il va falloir revoir notre copie.

Nous passons la journée à nettoyer notre matériel et discuter avec Daniel et Béthina : deux suisses en vadrouilles en Bolivie depuis 5 mois, très sympathiques et très causants : une mine de renseignements !

De mon coté, le traitement médical a un peu évolué : médicament contre la douleur, anti-inflammatoire et antibiotique. Cependant, pris d’un violent accès de fièvre dans la soirée, et désireux d’être soigné sérieusement, je décide de tout faire pour rentrer au plus vite à La Paz : le trek dans le sud Lipez ne part que dimanche et je peux encore me faire soigner à temps. Entre radio et discussion avec Don Lupe, il est décidé que je parte le lendemain matin à l’aube, d’abord à moto jusqu’à Salinas, puis ambulance jusqu’à Oruro et finalement bus pour La Paz.

Nous dînons copieusement avec les suisses. De mon coté, la fièvre est là mais je sais que demain soir je suis en ville pour me soigner.

A vot' bonne santé !!

Vendredi 19 Octobre : départ vers 7h30 à 3 sur une moto pour rejoindre Salinas (photo). Je prends avec moi mon sac à dos, laissant à Jérôme tout le matériel « vélo » : il est clair, pour nous deux, que notre trek se termine là, mais contre tous ces événements, nous n’y pouvons plus rien, et globalement, les onze premiers jours ont, tout de même été exceptionnels !
J’espère revoir très rapidement Jérôme pour le trek dans le sud Lipez.

A tout de suite... je reviens !

Alors que nous approchons de Salinas, nous nous faisons doubler par un 4x4 roulant à très vive allure qui, à notre demande, s’arrête. Chance énorme : celui-ci va jusqu’à Oruro. Me voilà donc échappant à l’ambulance et roulant à une vitesse que je ne soupçonnais pas possible avec un 4x4 vers Oruro : cela va très vite puisqu’à 13h je suis à Oruro et une demi-heure plus tard, j’embarque dans le car pour La Paz : mon secret espoir est alors de retrouver nos deux autres compères à La Paz. En fait, ceci sont déjà partis pour Uyuni (sans savoir que la ville est fermée) et se trouvent, en même temps que moi, à Oruro (mais eux pour aller vers le sud !). Toujours est-il que vers 17h je me retrouve à La Paz (10h pour faire Jirira-La Paz, c’est un très bon temps) et, ne trouvant pas les deux autres à l’hôtel, je décide de m’occuper de mon soucis principal : mon abcès. Grâce à Fernando, j’ai affaire à un bon dentiste qui me fait un drainage et me donne les antibiotiques qu’il faut : serein, je dois la revoir lundi pour pouvoir partir en trek dès mardi.

Epilogue : le lendemain (samedi) Franck et Mops reviennent sur La Paz : en fait Uyuni risque d’être bloqué beaucoup plus longtemps que prévu ! Nous organisons donc un trek au départ de La Paz pour partir, dès mardi matin, chercher Jérôme (avec tout le matériel) et faire le tour, comme prévu du Sud Lupez. Le lendemain matin (dimanche donc), les anti-inflammatoires me créent un début d’ulcère dans l’estomac (joie) et l’abcès regonfle (et bonheur !). Après discussion, il faut un traitement complet qu’il faut mieux faire en France et le plus tôt possible (à cause de l’infection) : dès lors, je change mon billet d’avion et le voyage est fini pour moi: retour le lundi en début d’après-midi, soit huit jours avant la date prévue (snif !).

Là, j’ai maintenant la bouche privée d’une dent mais la tête pleine d’images et de souvenirs aux couleurs et aux saveurs extraordinaires.
Comme je l’ai vu écrit au refuge du lac Chungara : les paysages boliviens seront toujours trop grands pour être mis en cadre… Belle invitation au voyage, n’est-ce pas ?

Quelques renseignements pratiques
Le voyage
Agence Nouveau Monde
Tél : 01-53-737-884
A-R Paris-La Paz pour 5500 FF, via Sao Paolo et Santa Cruz, avec la compagnie brésilienne Varig
Pré-acheminement depuis Toulouse gratuit.
Bagage : 2*32 kg par personne !
Durée du voyage : environ 24h…

Les bouquins/cartes
- Le guide incontournable : Bolivie Editions Lonely planet

- Le magazine avec de belles images : Trek Magazine – n°22 – juillet 2001

- La carte disponible hors Bolivie :

Le matériel
- le vélo : Sunn Maxe tout rigide (1996) très bon état général avec une petit sacoche à l’avant pour le matériel « sous la main » (crème solaire, appareil photo, barres énergétiques, premier nécessaire de réparation)

- la remorque : BOB Yak qui contient le sac à dos, le bidon d’eau et une partie de la tente

- le petit sac à dos avec juste la réserve d’eau (trois litres), la trousse de médicaments/secours et … le papier toilette

- le sac à dos : ben, le même matériel qu’en rando : sac de couchage, matelas, vêtements techniques (et spécifiques vélo : cuissard, gants), mini-trousse de toilette, nécessaire bouffe, guide, chaussures de rechange, etc.
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